La journée de la femme,
l’année de Jehane

Texte prononcé par Richard Leclerc le jeudi 8 mars à la Salle Alec & Gérard Pelletier, à Sutton

Je profite de cette journée mémorable pour vous parler d’une grande dame d’ici et en faire tout un plat! Une gastronome, cuisinière, écrivaine, animatrice de radio et de télévision qui sera au menu du Musée de Sutton dans quelques jours. Vous avez naturellement deviné de qui je veux parler, surtout ceux et celles qui me suivent sur mes blogues, sur facebook ou sur twitter. 
C’est vrai, je l’avoue, je ne cesse de parler de Jehane Benoît depuis quelques mois. Une obsession qui m’habite depuis deux ans, quand j’ai su qu’elle avait habité près de 30 ans à Sutton et qu’elle était la grand-mère de Susan Macdonald, épouse de l’ex-maire Kenneth Hill. Un sujet d’exposition gastronomique! En passant, selon Susan, il faut prononcer «Jeanne» et non «Jéanne», comme j’ai l’habitude de le faire.

La recette est simple :
Prenez une jeune fille, née Patenaude dans le luxueux Westmount de 1904, placez-là quelques années au couvent du Sacré-Cœur, puis inscrivez-là dans un pensionnat à Paris, le Cordon bleu, et laissez macérer.

Comme elle refuse de se plier aux conventions de l’époque, ouvrez-lui les portes de la Sorbonne où elle reçoit un diplôme comme chimiste en alimentation à l’âge de 21 ans.  Puis testez ces ingrédients aux côtés d’Édouard de Pomiane, auteur d’un important livre de la gastronomie, Bien manger pour bien vivre.

Mettez de côté et de retour à Montréal, mariez-la à Carl Zimmerman, avec qui elle aura sa fille  unique, Monique. Ouvrez ensuite Au Fumet de la Vieille France, une école de cuisine laïque et accueillez plus de 8000 étudiants au cours des quatre premières années.

Profitez-en pour préparer, en accompagnement, un Salad Bar, un des premiers restaurants d’ici à se spécialiser dans la cuisine végétarienne. Quittez le premier mari sans faire de remous et tombez à nouveau amoureuse d’un jeune homme de treize ans votre cadet qui fréquente l’école des HEC, Bernard Benoît. Laissez monter la sauce jusqu’à ce qu’elle soit onctueuse.

Séparez les deux amants le temps d’une guerre. Aromatisez de lettres d’amour fréquentes et entretenez ainsi la passion. Rassemblez le tout en Europe, puis revenez à Montréal, entreprenant l’écriture de livres de recettes incontournables, en français comme en anglais, épaulée de Bernard et de son sens des affaires profitable.

En 1956, achetez une ferme à Sutton et élevez-y des moutons Hampshire. Baptisez le lieu Noirmouton, peut-être à cause du mouton noir Bernard qui vit alors une relation extraconjugale d’où naîtra un enfant! Pardonnez, à cause de la différence d’âge semble-t-il, et accueillez ce nouveau-né malgré tout…

Cuisinez dans ce lieu bucolique, écrivez L’Encyclopédie canadienne de la cuisine en 1963, maintenant vendue à près de 2 millions d’exemplaires. Ajoutez une bonne dose d’activités de communication à la radio et à la télé. Puis lancez-vous dans la publicité et devenez porte-parole de la bière Dow, de l’épicerie Steinberg, du riz Dainty et des fours micro-ondes Genius de Panasonic.

Testez ces nouvelles technologies, rendez-vous au Japon pour conseiller les fabricants, réinventez une fois encore vos recettes en les adaptant au micro-ondes, mettez cinq minutes à température élevée… bip bip bip… Jehane Benoît nous a quitté le 24 novembre 1987… il y a près de 25 ans déjà!

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