Jehane Benoît est la maman de tous les Québécois gourmands

Jehane dans sa cuisine à Sutton.
Photo : René Delbuguet.
En cette veille de fête des Mères, tandis que la chaîne Zeste rend un hommage enjoué à cette grande dame chaque semaine avec l’émission Jehane et moi, on vous invite à réviser vos classiques!
Article de Mathilde Singer, publié le 5 mai 2011 dans le journal Voir.

Niché quelque part dans les souvenirs d’enfance de milliers de Québécois, il y a un petit livre à la couverture jaune reliant des feuillets de recettes précieusement collectionnés par une grand-mère ou une tante dont les bons petits plats font désormais partie des légendes de l’histoire gourmande familiale.
«Dans ma librairie, j’en vois passer des livres de cuisine : la plupart ont une popularité éphémère… Mais il y en a un qui semble résister au temps. Les Québécois l’ont adopté depuis sa première édition en 1963 et il s’est vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires… L’encyclopédie de la cuisine canadienne de Jehane Benoît est toujours un outil de transmission de la culture culinaire d’ici», analyse Anne Fortin.
Patrimoine culinaire
À sa Librairie gourmande, au Marché Jean-Talon, de nombreuses mères viennent encore l’acheter à leurs enfants devenus assez grands pour quitter le nid familial et se mettre à leur tour aux fourneaux. «Cet ouvrage a été réédité de nombreuses fois et l’édition la plus récente date de 1991, mais nous avons également une liste d’attente comprenant une trentaine de noms de clients qui veulent retrouver une édition ancienne avec la fameuse couverture jaune», précise la libraire.
Pot-au-feu, omelette soufflée, macaroni au fromage de grand-mère, canard à l’orange, poulet rôti martini, galantine de porc du Vieux-Québec, poisson frit à la meunière, marinades, sauces, crêpes Suzette, soufflé au sirop d’érable et biscuits maison… des générations de cuisinières ont appris à mettre la main à la pâte grâce aux conseils de Jehane Benoît. «Chaque peuple a son mentor culinaire. Devenue populaire en même temps que la télévision, Jehane Benoît est entrée dans le salon des Québécois. Elle est comme un membre de la famille en qui on a confiance. Ces 20 dernières années, on l’avait un peu oubliée… mais aujourd’hui on la redécouvre avec passion… comme les recettes de nos grands-mères d’ailleurs!» remarque Anne Fortin.
Étonnante Jehane
À la mode, Jehane Benoît? À l’heure où nos jeunes chefs montréalais remettent au goût du jour cigares au chou, mijotés et terrines maison, ce n’est pas étonnant… surtout que la «grand-mère des cuisinières québécoises», née en 1904 et décédée en 1987, bien que cordon-bleu, avait brûlé son tablier avant l’heure et professait une philosophie gastronomique des plus modernes! «Avant Jehane Benoît, ce qu’on appelait les "arts ménagers" appartenait aux communautés religieuses qui professaient une cuisine de survie. Jehane, elle, cuisinait pour recevoir et par passion pour l’alimentation.»
Diplômée en chimie de l’alimentation à la Sorbonne, rédigeant ouvrages et chroniques aussi bien en anglais qu’en français (madame Benoit est d’ailleurs tout aussi populaire au Canada), première à ouvrir une école de cuisine laïque et bilingue, baptisée Le Fumet de la vieille France, à Montréal, pionnière avec son resto végétarien libre-service Salad Bar, grande voyageuse (dans la dernière édition de L’encyclopédie de la cuisine, on retrouve par exemple de la moussaka, un gaspacho et même des bureks turcs!), ardente défenseuse des produits du terroir québécois avant l’heure, passionnée de technologies modernes (à la fin de sa vie, elle s’intéressa beaucoup, par exemple, à la cuisine au micro-ondes), elle compte aussi parmi ses faits gourmands la bonne idée d’avoir introduit l’élevage de l’agneau au Québec.
Camélia Desrosiers, Jehane et moi.
Ma cuisinière bien-aimée
Jehane Benoît est tellement moderne qu’elle fait encore les beaux jours de la télévision d’aujourd’hui! Sur la chaîne Zeste, l’animatrice et blogueuse culinaire Camélia Desrosiers présente Jehane et moi, cuisinant chou braisé, coq au vin, salade César et café irlandais selon les instructions de L’encyclopédie de la cuisine dans un décor rappelant les pimpantes années 60 et la série télévisée Ma sorcière bien-aimée. «Les bonnes recettes classiques ne se démoderont jamais! Depuis 2009, je rédige un blogue de "cuisine pour les nuls", La Popoteuse, qui propose des plats sans fla-fla pour démocratiser la cuisine… et je retrouve cette même intention dans le livre de Jehane Benoît… On peut apprendre à cuisiner en la suivant pas à pas. Je ne suis pas une chef, je n’ai jamais eu de formation culinaire, mais je me laisse guider par elle et j’y arrive!» raconte celle qui confie en riant qu’auparavant, elle n’avait jamais préparé de mousse au chocolat ou utilisé de lard salé.
«Ce qui me plaît le plus avec cette émission, c’est qu’en la regardant, chacun se souvient un peu. Comme ma mère qui s’est souvenue des repas de son enfance du vendredi où la famille mangeait des crêpes et de la soupe aux pois, ou moi qui me rappelle la couverture blanche aux fleurs vertes et orange dans la cuisine de ma gardienne. Et puis il suffit de goûter à la recette des crevettes sauce cocktail ou à celle du pot-au-feu pour faire un voyage dans le temps… ce sont des recettes qui nous ressemblent et nous rassemblent tellement!»
Jehane, vous et maman
Pour la fête des Mères, voici les recettes que la popoteuse Camélia Desrosiers vous recommande de préparer pour maman. Emparez-vous de l’exemplaire familial de L’encyclopédie de la cuisine et à vos casseroles!
«Pour un brunch, pourquoi ne pas commencer avec des oeufs mimosa (p. 372)… c’est une recette qui me rappelle la grand-mère Georgeline de mon amie, c’est elle qui m’a fait découvrir ces merveilleux oeufs farcis à servir avec des cocktails mimosa… pourquoi pas! Pour ceux qui sont un peu plus à l’aise aux fourneaux, les oeufs cocotte aux tomates, thym et prosciutto sont pas mal bons aussi! Vous en trouverez la recette sur mon blogue. Pour finir, je choisirais les crêpes Suzette (p. 656), c’est un beau souvenir d’enfance pour moi, on en faisait lors de grandes occasions comme Pâques ou la fête des Mères.»

La petite histoire de Jehane Benoit, véritable recette d'un succès inégalé!

Richard Leclerc, concepteur de l’expo Jehane Benoit au menu du Musée de Sutton, présentée en 2012

24 novembre 2017… Je profite de cette journée mémorable, 30e anniversaire du décès de Jehane Benoit,  pour vous parler d’une grande dame d’ici et en faire tout un plat! Gastronome, cuisinière, écrivaine, animatrice de radio et de télévision. Cette personnalité me passionne depuis des années déjà, depuis que je sais qu’elle a habité plus de 30 ans à Sutton et qu’elle était la grand-mère de Susan Macdonald, épouse de l’ex-maire Kenneth Hill, et de son frère Ian, qui travaille en cuisine à l’Auberge West Brome. En passant, selon Susan, il faut prononcer « Jeanne » et non « Jéanne », comme on l’entend souvent.

Voici une recette unique, à la Jehane Benoit :
Prenez une jeune fille, née Patenaude dans le luxueux Westmount le 21 mars 1904, placez-là quelques années au couvent du Sacré-Cœur, puis inscrivez-là dans un pensionnat à Paris, le Cordon bleu, et laissez macérer. Comme elle refuse de se plier aux conventions de l’époque, ouvrez-lui les portes de la Sorbonne où elle reçoit un diplôme comme chimiste en alimentation à l’âge de 21 ans.  Puis testez ces ingrédients aux côtés d’Édouard de Pomiane, auteur d’un important livre de la gastronomie, Bien manger pour bien vivre.

Mettez de côté et, de retour à Montréal en 1926, mariez Carl Zimmerman, avec qui elle aura sa fille unique, Monique. Ouvrez ensuite Au Fumet de la Vieille Franceune école de cuisine laïque, une première, car jusque-là ce sont des sœurs qui forment les jeunes filles. Accueillez plus de 8000 étudiantes au cours des quatre premières années. Profitez-en pour préparer, en accompagnement, un Salad Barun des premiers restaurants de Montréal à se spécialiser dans la cuisine végétarienne. Quittez le premier mari sans faire de remous et tombez à nouveau amoureuse d’un jeune homme de treize ans votre cadet, qui fréquente l’école des HEC, Bernard Benoit, une aide inestimable pour gérer la jeune école. Laissez monter la sauce jusqu’à ce qu’elle soit onctueuse.

Séparez les deux amants le temps d’une guerre. Aromatisez de lettres d’amour fréquentes et entretenez ainsi la passion. Rassemblez le tout en Europe (Jehane ira le rejoindre à Londres où elle épousera enfin Bernard), puis revenez à Montréal, entreprenant l’écriture de livres de recettes incontournables, en français comme en anglais, épaulée de Bernard et de son sens des affaires profitable. En 1956, achetez une ferme à Sutton, élevez-y des moutons Hampshire, cuisinez, écrivez et enseignez dans ce lieu bucolique. Baptisez cet endroit Noirmouton


Puis entreprenez l’écriture, au début des années 60 à Paris, de L’Encyclopédie canadienne de la cuisine, qui a été vendue depuis à plus de 2 millions d’exemplaires, si on cumule les versions françaises et anglaises. Rencontrez Sam Steingberg, propriétaire de la célèbre chaîne d’épiceries, qui vous propose de les vendre sous forme de fascicules qui seront vendus semaine après semaine dans ses établissements, avec une couverture rigide.

Ajoutez une bonne dose d’activités de communication à la radio et à la télé. Puis lancez-vous dans le monde de la publicité et devenez porte-parole de la bière Dow, de l’épicerie Steinberg, des contenants Tupperware, du riz Dainty, de bien d’autres et, au début des années 1980, des fours micro-ondes Genius de Panasonic.

Testez ces nouvelles technologies dans votre cuisine de Sutton (elle aurait eu jusqu’à 10 appareils de la marque qu’elle représente et de la concurrence), rendez-vous au Japon pour conseiller les fabricants et réinventez une fois encore vos recettes en les adaptant au micro-ondes, pour répondre à la demande des jeunes qui se mettent à leur tour en couple, mettez quelques minutes à température élevée… bip bip bip…

Jehane Benoît nous a quitté le 24 novembre 1987… il y a 30 ans déjà! Elle nous a laissé en héritage une cinquantaine de livres de recettes, dont l’encyclopédie qui influence encore des grands chefs d’aujourd’hui. On lui a rendu hommage au parc Jehane-Benoit, voisin de l’Institut de tourisme et de l’hôtellerie du Québec ce 24 novembre 2017 à 11h45. Je donnerai pour ma part une conférence ce lundi 27 novembre à l’ITHQ.

Richard Leclerc
Concepteur-réalisateur
Président du Musée de Sutton
Chargé de cours à l’Université de Montréal
et à l’Université Senghor, Alexandrie, Égypte


Quand la cuisinière électrique fait défaut... je reviens au micro-ondes!

Pendant le temps des fêtes, j'ai eu des problèmes avec ma cuisinière électrique. Je me suis donc rabattu sur mon BBQ et mon four micro-ondes. Comme il faisait froid quelques soirs pour cuisiner sur la galerie, j'ai donc fait appel à quelques reprises à mon Encyclopédie de la cuisine au four à micro-ondes de Jehane Benoit, qui date des années 1980! Ça faisait quelques décennies que je ne me servais plus de ce truc encore présent dans plusieurs cuisines, à part pour faire réchauffer rapidement des restes, mais j'ai quand même fait appel à quelques recettes de Jehane, toujours succulentes!

Voici deux délicieuses recettes que j'ai réussies :
Crème de chou-fleur Magnani (livre 2, page 70)
Poitrines de poulet soubise (livre 4, page 38)


Si vous avez vous aussi des anecdotes concernant Jehane Benoit à raconter, faites-les parvenir à l'adresse info@museedesutton.com. À noter que de nombreux livres, artéfacts et photographies de cette grande dame de la cuisine sont présentés à l'accueil du Musée de Sutton dans le café-boutique qui porte maintenant son nom. Merci.

Richard Leclerc,
Concepteur de l'expo consacrée à Jehane Benoit en 2012

Recette de confiture de citrouille de Jehane Benoît


4 livres de citrouille en dés 
4 livres de sucre 
2 onces de gingembre frais rapé (absolument frais) 
1/2 c thé de «tout épice» 
zeste de 3 citrons 
jus de 3 citrons 
1/2 tasse de gin hollandais BOLS (genièvre) 

Peler et nettoyer la citrouille, enlever les graines, couper en dés et peser. 
Placer dans un grand plat en alternant les couches de cubes et de sucre. 
Couvrir d'un linge et laisser 2 jours dans un endroit frais. 

Dans un grand chaudron mettre la citrouille, le gingembre, le «tout épice», le zeste et le jus.
Mijoter sur feu moyen en brassant souvent jusqu'à ce que la citrouille soit tendre et transparente. 
Enlever du feu, refroidir un peu et ajouter le gin. 
Bien brasser. 
Mettre en pots stérilisés et sceller.
Donne de 6 à 8 pots. 

Décès de Susan MacDonald-Hill, petite-fille de Jehane Benoît


C’est avec tristesse que Kenneth Hill nous a appris ce 17 juillet 2018 le décès de son épouse, Susan MacDonald-Hill, des suites d’un accident vasculaire cérébral dans la nuit de lundi à mardi. J’ai proposé à Ken de transmettre la nouvelle à vous tous, connaissances et amis. D’autres détails suivront sous peu.

Photo prise en 2012 lors du montage de l'expo consacrée à sa grand-mère, Jehane Benoît, au Musée des communications et d'histoire de Sutton. Susan et Ken avaient été d'une aide inestimable pour que ce projet se réalise.

Ouverture du nouveau Café Jehane-Benoît

Depuis le 23 juin 2019, vous pouvez découvrir ce nouveau café qui rend hommage à cette grande cuisinière qui a vécu à Sutton de 1956 à 1987. Vous pouvez y déguster des petites «douceurs», inspirées de madame Benoît, ainsi que du café, du thé ou une boisson fraîche, puis visiter la nouvelle expo consacrée au compositeur François Dompierre pour seulement 10$. Plus de détails en cliquant ici